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Société
Les jeux vidéos multijoueurs : un facteur de dépolitisation des jeunes
(actualisé 31 mars 2008)
D'après un article de l'hebdomadaire anglais The Guardian, certains jeux vidéos collaboratifs auraient des incidences négatives sur le sens politique des jeunes de 18 à 25 ans. Enquête.
Liberation.fr (avec source AFP)
LIBERATION.FR : dimanche 30 mars 2008
On savait certains jeux désocialisants (World of Warcraft, Second Life,...). D'autres ont créé la polémique par leur contenu particulièrement violent ou vulgaire. Mais c'est aujourd'hui pour des raisons tout autres que psychologues, éducateurs et politiques pourraient bien tirer la sonnette d'alarme.
Tout a commencé par une brève de l'hebdomadaire anglais The Guardian parue fin Janvier 2008, et passée relativement inaperçue outre-manche : certains jeux vidéos auraient une influence extrèmement négative sur le comportement politique des jeux adultes. Ils favoriseraient les comportements absentionnistes, ainsi qu'une défiance à l'égard de l'action politique. Particulièrement visé, un jeu français, Royaumes renaissants (en anglais Renaissance kingdoms - d'autres jeux comme Ogame sont également critiqués) cristallise les oppositions. Ce MMORPG (jeu en ligne sur internet) propose en effet des simulations d'élections : maires, ministres du commerce ou des armées peuvent en effet être élus dans ce monde virtuel médiéval qui compte plus de 500,000 participants. Le site web suscite ainsi, en apparence, un grand appétit pour la chose publique. Mais ensuite, tout se gâte, comme nous le confie Alsbo, joueur sur Royaumes Renaissants depuis 3 ans : «Très vite, on comprend le principe : tout promettre, être le plus démagogue possible, pour être élu. Et franchement, j'ai compris que c'était la même chose dans la vie réelle.» D'après une autre participante : «J'ai été deux fois Comtesse dans le jeu. Et je n'ai rien pu faire pour redresser la situation économique [...] Quand je jouais beaucoup, je pouvais passer jusqu'à 10h par jour à essayer de convaincre les autres joueurs que j'avais raison, alors que je savais bien que tout était faux ! Quand je vois dans la vie réelle les Sarkozy ou Royal, je vois bien que c'est pareil.» Yann-William Maury, pédopsychiatre et responsable du service psychologie de Libération, a passé deux mois à observer le phénomène. Pour lui «en donnant l'impression que la politique, c'est d'abord et avant tout des promesses non-tenues et des discours lénifiants, de tels jeux vidéos réintroduisent l'idée du "tous pourris" lancée par Jean-Marie Le Pen dans les années 80. C'est extrèmement préoccupant». Il ajoute même qu'«il ne fait aucun doute que le développement à grande échelle [de jeux vidéos comme Royaumes Renaissants] explique une partie de l'absention observée aux dernières élections locales, pour environ 1 à 1,5 point». Le scrutin municipal des 9 et 16 mars derniers a précisément vu l'absention s'établir en hausse à 34,5%, avec des taux plus importants dans les grandes villes disposant de nombreuses infrastructurelles haut débit et très-haut débit. Plus encore, de nombreuses personnalités intellectuelles et médiatiques s'insurgent contre les motivations supposées de ces jeux. «Ce genre de jeux semble correspondre à une bonne intention,» souligne Etienne Blanchard, journaliste au service politique de Libération. «En réalité, c'est quelque chose de sournoi qui est à l'oeuvre : non, il faut le répéter aux jeunes, la politique, ce n'est pas un jeu, ce n'est pas du virtuel. La politique, ce sont des luttes, pas des clics de souris. Ce n'est pas Pacman !» L'intersyndicale «Journalistes engagés» (réunissant notamment des journalistes de l'Humanité ou de Libération) étudie la possibilité d'une grande pétition citoyenne qui s'intitulerait «Cliquer, ce n'est pas voter.», et à laquelle s'est d'ores et déjà rallié Jean-Luc Mélenchon (sénateur PS de l'Essonne) : «Pour faire barrage au MEDEF et à Sarkozy, pour faire barrage à leur politique violente et injuste de démembrement des services publics, il n'y aurait rien de pire qu'une jeunesse anésthésiée, déconnectée des réalités, et qui ne penserait qu'à cliquer pour élire le Duc de je-ne-sais-quoi ou le Comte de je-ne-sais-où [...] C'est lamentable, vraiment lamentable. S'il faut aller jusqu'à demander l'interdiction, on la demandera.»
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